Daniel Bô, Pdg de QualiQuanti, nous dit tout sur la tv connectée dans une interview exclusive.

Daniel BÔ : Pdg de l'institut d'études QualiQuanti

Bonjour Daniel Bô, quelles sont vos fonctions ?

Bonjour Laurent. je suis Pdg de l’institut d’études QualiQuanti et j’ai personnellement réalisé l’étude que nous a commandé le CNC sur les nouveaux usages de la TV connectée.

Quels sont les modes de connexion principaux de la TV connectée ?

Dans les faits, on constate une large domination de la box comme mode d’accès à internet sur la TV via le décodeur, les consoles, les boîtiers ou directement la connexion PC / TV avec un câble HDMI.
Rares sont les interviewés équipés d’une Smart TV à utiliser ses fonctionnalités de TV connectée. La fonction connectable de la TV reste d’ailleurs chez les interviewés une motivation secondaire à l’achat, loin derrière la qualité de l’image qui reste le principal critère.

En dehors des usages VOD et Replay via la box, les usages en matière de TV délinéarisée restent limités, même chez les consommateurs les plus technophiles.

Vous dites que l’appellation Smart TV devrait s’imposer. Pourquoi ?

On peut faire l’hypothèse que la dénomination « Smart TV », utilisée par Samsung, LG, Sharp et Philips, s’imposera tant la proximité avec les Smartphones et la notion d’intelligence intégrée font sens.

En créant un univers de continuité avec le Smartphone, cette dénomination implique de fait une communication entre les machines. Pour la complétude de ses fonctionnalités, mais aussi parce qu’elle rend le téléspectateur actif, « intelligent », les nouveaux téléviseurs répondent bien à la dénomination de « Smart TV ».
Les consommateurs ressentent le mot « Smart TV » comme évoquant la modernité (nouvelle génération, haut de gamme, technologie de pointe), le multifonctions, les applications, la télévision interactive : ils voient tout un univers de possibles
sur un mode ludique et simple.

Comment les consommateurs choisissent-ils leur Smart TV ?

Les consommateurs qui achètent de nouveaux téléviseurs actuellement se focalisent principalement sur la résolution, la finesse de l’écran. Ils perçoivent une amélioration très nette de la qualité des écrans (résolution, taille, finesse, design, couleurs) pour des tarifs de plus en plus accessibles. En revanche ils sont assez dubitatifs sur la fonction 3D des téléviseurs, qui s’avère souvent décevante à l’usage.

Ils sont avant tout focalisés sur la capacité de la TV à être reliée à leurs terminaux connectés (PC, consoles, lecteurs, disques durs, etc.) : un critère majeur est le nombre de ports HDMI et USB.

Ils font volontiers confiance à une marque pour laquelle ils ont déjà un élément afin d’optimiser la compatibilité et la facilité de communication entre les appareils. Ce sera particulièrement vrai pour Apple si la marque lance une Smart TV, tant sa stratégie est orientée sur l’intercommunication intelligente de ses appareils.

En restant fidèles à une marque, les consommateurs capitalisent également sur une ergonomie, un rapport aux équipements, une façon de voir le monde des contenus en faisant confiance aux interfaces qu’ils connaissent.

Au final, la dimension de télévision connectée est perçue comme un élément de modernité, un plus qui enrichit l’offre mais ils n’arbitrent pas leur choix du téléviseur sur ce critère.

Que se passe-t-il dans les points de vente ?

Dans les points de vente (Fnac, Darty, etc.) ou sur Internet, les consommateurs ont affaire à un univers foisonnant d’innovations dans lequel ils manquent cruellement de repères.

Une nouvelle génération de téléviseurs arrive sur le marché tous les 6 mois. Qui plus est, le ressort technologique est un vecteur de différenciation dans un univers très concurrentiel. La Smart TV est noyée au milieu des autres innovations comme la 3D active, la 3D passive, les écrans LED, etc.

Pour promouvoir la Smart TV, Les constructeurs utilisent les arguments suivants : «un accès facile à un contenu illimité», «passez aujourd’hui à la TV de demain», «le monde sur votre tv». Sony et Samsung proposent souvent une tablette associée au téléviseur.

Tous les constructeurs mettent en valeurs les logos de leurs applications vedettes : Skype, Youtube, Facebook, Picasa, Twitter, Google Maps, … et toutes les chaines et éditeurs (ex : l’Equipe ou Les Echos), avec qui ils ont passé des accords.

Dans les GSS (Fnac, Darty, etc.), les téléviseurs connectés sont rarement présentés connectés car les distributeurs ne disposent pas de connexion Internet dans leurs espaces TV.

Les clients sont condamnés à choisir leur TV connectée en faisant confiance aux vendeurs, qui dans les surfaces spécialisées sont encore peu formés aux spécificités techniques de la TV connectée.

Le guide de la Fnac compare les téléviseurs sur une multitude de critères, dont le fait qu’ils soient connectables ou non, mais ne prend absolument pas en compte les services et applications des téléviseurs connectés. Cette omission s’explique d’abord par le fait que les consommateurs ne choisissent par leurs écrans en fonction de ce critère. Cela s’explique aussi par le fait que ce critère est tellement complexe à analyser et change tellement vite qu’il serait vain de vouloir le prendre en compte.

Les consommateurs découvrent donc les capacités interactives de leur TV après installation à domicile. Les installateurs, qui livrent la TV connectée sont formés pour régler les chaines sur l’antenne ou la box, mais ne s’occupent pas de connecter la télévision. Ceux qui veulent bénéficier d’une installation complète avec connexion du téléviseur doivent faire appel à un service premium supérieur à 100 euros.

Comment évoluent les téléviseurs connectables ?

Une Smart TV peut se décrire, techniquement, comme la combinaison d’un écran (en général HD), d’un disque dur avec des contenus et d’un système logiciel (OS, navigateur, etc.).

Les Smart TV peuvent être plus ou moins mises à jour à distance grâce à la connexion et au téléchargement mais l’évolutivité des téléviseurs connectés est limitée : d’une certaine manière, la puissance technologique du téléviseur est figée au stade où elle était au moment de sa fabrication, dans la mesure où ces mises à jour ne peuvent pas concerner des modifications majeures, que le matériel (hardware) ne pourrait de toute façon potentiellement pas supporter, n’étant pas prévu pour. En outre, certains modèles ne seraient maintenus en termes de mises à jour que sur une durée limitée de 12 à 18 mois.

Cela s’explique en partie par le fait que sur un marché à faible marge, les constructeurs ne peuvent se permettre d’investir trop dans les capacités informatiques de leurs appareils, très coûteuses sur ce type d’appareil. La multiplication des modèles et l’absence actuelle de redevances sur la consommation compliquent le suivi et l’actualisation.

Ainsi un téléviseur connecté acheté en décembre 2010 (modèle d’avril 2010) sera très significativement différent du modèle proposé en avril 2011, et encore plus différent du modèle de septembre 2011. Ces diverses générations de TV connectée qui cohabitent posent la question de l’actualisation d’un appareil destiné en moyenne à durer 7 ans et dont les versions changent souvent deux fois par an. Il risque d’y avoir des déceptions des consommateurs qui auront acheté des versions si rapidement obsolètes.

N’y a-t-il pas d’autres moyens de rendre son téléviseur connectable ?

Les fonctions intelligentes intégrées aux Smart Tv peuvent aussi être prises en charges par d’autres terminaux.
Un foyer connecté utilise différents équipements et compose un système avec :
- des capacités d’accès à des contenus (stockage + réseau pour accès par exemple à Internet)
- des capacités logicielles plus ou moins évoluées de traitement de ces contenus (transcodage, lecture, mais aussi système d’exploitation pour faire tourner des applications)
- des supports de diffusion de ces contenus (écrans, système son, etc.)

L’articulation des ces trois axes, couplée à la profusion d’équipement pouvant en assurer tout ou partie, donne lieu à de nombreuses combinatoires possibles. Le consommateur va alors conduire un arbitrage selon certains critères (simplicité d’usage, confort, qualité du son ou de l’image, etc.)

Le tout en un de la Smart TV n’est pas nécessairement le plus approprié puisque d’autres équipements très spécialisés existent pour mieux remplir une tâche précise.

Les constructeurs proposent des lecteurs blu-ray connectés qui embarquent les mêmes fonctions que les téléviseurs connectés de la marque. Il y a bien d’autres appareils susceptibles de porter le disque dur et les logiciels : boitiers interactifs, décodeurs satellite, disque dur de PC adapté aux usages TV, etc. C’est à partir d’un boitier et non d’un téléviseur intégré qu’Apple a décidé de défricher le marché de la TV connectée. La dernière Google TV de Sony est un boiter.

On comprend d’autant mieux pourquoi les décodeurs TV des box qui sont renouvelés tous les 3 ou 4 ans et qui bénéficient d’une redevance cherchent à conserver ce rôle d’unité centrale. Pour se rendre indispensable comme plateforme d’interactivité, Free va plus loin en associant un lecteur blu-ray, un media center et plein d’autres fonctions.

Les téléviseurs sont-ils vraiment connectés un fois achetés ?

Les Smart TV qui ont été commercialisées récemment ont en général été achetées pour des qualités, qui n’ont rien à voir avec la dimension interactive.

Lors de l’installation, les consommateurs sont très mal informés des possibilités de leurs nouveaux appareils. La communication des fabricants, les articles de presse les modes d’emploi mettent peu en avant les applications dont sont dotées les Smart TV. En comparaison, les applications des Smartphones bénéficient d’une communication beaucoup plus détaillée et abondante.

On peut d’ailleurs s’étonner que les nouvelles Smart TV ne soient pas livrées avec un DVD explicatif démontrant toutes les potentialités de la connexion.

Avant que le consommateur puisse utiliser toutes les fonctions de sa Smart TV, il doit connecter sa télévision directement à sa box sans passer par le décodeur TV. Cette connexion peut se faire soit en ADSL soit en wifi. Dans les anciens modèles de TV connectées, il fallait même acheter une clé spéciale pour doter sa télévision de capacités wifi. Les modèles vendus actuellement sont connectables directement mais il arrive que cette liaison wifi se déconnecte et qu’il faille la réinitialiser.

Beaucoup de consommateurs n’ont pas fait ce premier pas consistant à connecter leur téléviseur directement à la box, et se contentent de relier leur télévision au décodeur TV de la box.

Ceux qui ont franchi le pas de connecter leur télévision directement à la box ont les motivations suivantes :

- utiliser un service qui n’est possible qu’avec leur télévision connectable (ex : Skype, Allociné)

- relier son écran TV aux autres équipements connectés de la maison (Smartphone, tablette) via DLNA (cette fonctionnalité nécessite le wifi)

- mettre à jour le logiciel d’exploitation de la télévision à partir d’une connexion web (pour ceux qui sont habitués à mettre à jour leurs appareils)

- curiosité pour exploiter les fonctions de leur téléviseur connecté

- intervention d’un visiteur ou d’un parent qui initialise cette connexion lors d’un passage

- défaillance du décodeur TV de la box ou absence de décodeur dans la pièce où se trouve la TV

- trop grande distance du DSLAM pour avoir accès à l’offre VOD des opérateurs

Comment expliquez-vous l’usage limité des téléviseurs connectables ou Smart TV ?

Ces faibles usages des Smart TV sont dus à plusieurs freins :

• Des freins liés à l’ergonomie : la navigation au sein des contenus délinéarisés est jugée labyrinthique. Cette complexité est liée à la diversité des interfaces et l’absence de normalisation des modes d’accès.

Or cette situation s’oppose à la logique de détente de la TV, où le téléspectateur attend idéalement d’avoir accès au contenu en une touche sur sa télécommande, car il n’a pas le réflexe d’aller faire des recherches dans une arborescence compliquée.

• Des freins techniques liés aux terminaux : les fréquents temps de latence et de buffering dans l’accès aux contenus sont considérés comme incompatibles avec l’immédiateté à laquelle le téléspectateur est habitué avec la TV.

Face à ces contraintes, les interviewés semblent avoir développé des habitudes pour accéder rapidement aux quelques contenus consommés de façon délinéarisée.

• Des freins culturels : la TV connectée est encore très nouvelle, et les consommateurs, même les plus technophiles, n’ont pas la curiosité d’aller découvrir une offre aujourd’hui difficile d’accès.

• Une absence de contenus adaptés aux usages TV : en dehors du Replay, de la VOD et des contenus présents sur les sites de partage, les catalogues de contenus audiovisuels restent limités pour des usages TV.

Pourquoi l’usage délinarisé sur le grand écran se développe-t-il ?

Depuis 4-5 ans, on assiste à un transfert progressif d’usages du PC vers la TV, d’abord avec la VOD, puis plus récemment le Replay.

Ce transfert s’est principalement effectué sous l’impulsion des box, qui ont développé une offre packagée :

• très simple d’accès

• avec un large catalogue de vidéos disponibles.

Le Replay en TV apparaît comme une évolution naturelle de la fonction magnétoscope qu’il remplace, comme alternative au flux en l’absence de programme intéressant, ou plus largement comme catalogue de contenus accessibles à tout moment.

Actuellement, les usages de la délinéarisation restent encore relativement limités :

• Une domination des programmes grand public : VOD avec des films du box office), replay de programmes des grandes chaînes. On a pu observer quelques tentatives pour développer des programmes thématiques (comme par exemple Arte Webdocs), mais ces initiatives restent marginales.

• Peu d’interactivité : aujourd’hui, la délinéarisation sert surtout à regarder des contenus dans leur intégralité, au moment où on le souhaite, mais il y a encore peu de navigation interactive à l’intérieur des contenus eux-mêmes.

Or l’étude a montré qu’il existait une vraie attente des consommateurs interrogés pour :

• Des contenus thématiques spécialisés, très pointus.

• Davantage d’interactivité, de prise de contrôle du téléspectateur sur le contenu.

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Dans quels cas les consommateurs utilisent leur TV principale pour des usages délinéarisés ?

Le contexte de réception de la TV recrée de nouveaux usages délinéarisés spécifiques, différents des usages sur le PC. La taille de l’écran, la qualité de l’image, l’équipement son et la position dans la pièce principale du foyer favorisent la consommation de certains contenus :

• Les contenus longs délinéarisés (séries, films, documentaires) en bénéficiant d’un dispositif son-image optimale. Le PC est quant à lui plutôt utilisé pour consommer des contenus courts, rapides à regarder.

• Les contenus son pour profiter des qualités sonores de son installation (notamment quand on dispose d’un home cinéma). L’écoute de la radio est également très adaptée à la TV car elle permet une écoute à distance, même quand on n’est pas dans la pièce.

• Les contenus sujets à la convivialité de par la position centrale de la TV et la largeur de l’écran (vs. un usage plus individuel du PC) : contenus comiques (spectacle, vidéos amusantes), musique ou clips, etc.

• Les contenus faciles d’accès, canalisés, ce qui correspond à la posture de détente devant la TV, contrairement au PC où l’utilisateur est dans une position de recherche plus active, multi-tasking (plusieurs recherches en parallèle).

En quoi la TV connectée est adaptée à la thématisation ?

La délinéarisation est en parfaite affinité avec des contenus très spécifiques, car elle donne accès à tout moment à une offre très large de contenus (au-delà de la seule fonction magnétoscope du Replay) : comme l’on feuillète un magazine thématique au sommaire duquel on a accès, on peut ici obtenir précisément ce qui nous intéresse (aussi bien un documentaire pointu qu’un service) au moment où on en a besoin.

Les consommateurs interrogés évoquent spontanément une multitude de contenus spécialisés qu’ils auraient plaisir à trouver en mode délinéarisé : contenus autour d’un centre d’intérêt spécifique (randonnée, basket, curling, dessin, cuisine, etc.), paris sportifs, e-learning, infos locales, etc.

Ce type de contenus peut aussi bien convenir à des passionnés qu’à des néophytes, avec une vraie dimension découverte de thèmes qu’on n’aurait pas spontanément recherchés sur internet.

Les consommateurs interrogés souhaiteraient davantage d’interactivité, de prise de contrôle sur le contenu, avec la possibilité de disposer d’autres éléments autour du contenu vidéo (à la manière du télétexte autrefois utilisé).

Quelques exemples d’éléments qui pourraient être associés au contenu vidéo :

• Un complément d’information sur la vidéo regardée (durée, date, thème, résumé)

• Des informations pratiques (ex. pour une chaîne sportive : des informations sur la fédération la plus proche de chez soi…)

• Des fonctionnalités (possibilité de parier en ligne en même temps qu’on regarde un match).

Pour autant, les modalités d’interaction doivent être canalisées pour respecter la logique détente de la TV.

Idéalement, les interviewés attendent de pouvoir accéder aux contenus via une touche universelle de la télécommande.

Dans la concurrence entre les box et les smart TV, les box dominent largement. Comment l’expliquez-vous ?

Historiquement, ce sont les box qui avec le Triple Play ont, les premières, introduit les spectateurs dans l’expérience TV connectée (avec le guide interactif des programmes, la télévision de rattrapage, la VOD et la S-VOD, etc).

Les FAI n’avaient pas beaucoup fait évoluer leur offre (interfaces rudimentaires) et l’arrivée des Smart TV, avec leur portail d’applications, ont fait bouger les lignes. A présent, les box suivent en proposant des applications et les dernières versions des box rivalisent avec la logique applicative des Smart TV.

Actuellement, les dernières box répondent beaucoup mieux et de façon plus structurée que les Smart TV aux principaux besoins des utilisateurs de télévision connectée :

les box couvrent les besoins en TVR, VOD et radios, qui restent majeurs,

les box ont commencé à couvrir les besoins secondaires : Youtube ou Dailymotion, partage de photos, jeux, navigation web…

les box proposent une organisation de leurs services, qui est plus structurée et plus systématique que les Smart TV,

les box ont une interface simple, intuitive et rapidement appréhendable,

les box ont une fiabilité, un temps de réponse et une fluidité supérieurs aux Smart TV.

En comparaison des box, les Smart TV demandent un effort de familiarisation et souffrent d’une ergonomie complexe et d’un manque de fluidité.

Au final se joue aujourd’hui un match inégal entre les box et les constructeurs de Smart TV : cf tableau présenté dans l’étude CNC :

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Les atouts des Smart TV par rapport aux box (services et contenus exclusifs, Skype, signal HbbTV, etc) ne sont pas encore suffisamment déterminants pour concurrencer les box, qui enrichissent leurs offres de services et d’applications afin de maintenir leur avantage concurrentiel.

 

 

 

 

 

 

 

Quels sont les facteurs qui impactent la fluidité ?

La fluidité désigne une réalité multiple dans laquelle il est difficile de voir clair. En effet de nombreux critères peuvent rentrer en compte, donnant lieu à une explosion combinatoire d’explications possibles.

Parmi ces critères, il faut citer :

la distance du foyer au DSLAM

le débit de l’installation FAI

le nombre de postes connectés au sein de foyer

les pics d’affluence qui impactent et le réseau et la capacité des serveurs requêtés à répondre correctement

la qualité de contenus : une vidéo HD est plus lourde qu’une vidéo SD, par exemple

le déploiement inégal en termes d’optimisation des applications en fonction de leur environnement logiciel et matériel

les capacités intrinsèques des supports matériels

Pour illustrer ce propos, prenons l’exemple des ordinateurs. Les PC sont plus fluides que les Smart TV grâce à des capacités techniques incomparables : la mémoire vive ainsi que les capacités de mise en cache des équipements déterminent leur réactivité. Sur le plan logiciel, cette fluidité passe par des systèmes d’exploitation et des navigateurs web plus avancés et plus adaptés. Les navigateurs des PC sont optimisés et reposent sur des standards matures au contraire des navigateurs des téléviseurs connectés pour les premières générations. Malgré tout cela, une grande distance par rapport au DSLAM impactera la capacité à relayer le contenu correctement. De même si la plateforme de contenus, par exemple Dailymotion, est surchargée, elle ne pourra pas répondre de manière satisfaisante en raison de la sous-capacité de leurs serveurs à traiter toutes les requêtes des Internautes présents sur le site.

En quoi les Smart TV sont-elles moins fluides que les box ?

Dans la confrontation entre opérateurs et constructeurs, la facilité d’utilisation et la fluidité sont clés. La qualité des débits et les temps de latence déterminent fortement les usages des consommateurs.

Les box sont jugées satisfaisantes en ce qui concerne la fluidité avec un temps de réponse quasi-immédiat et un fonctionnement adapté des services de rattrapage et de replay. La catch-up et la VOD sur une box sont fluides et le spectateur est globalement assuré de voir son programme sans risque d’interruption. Les utilisateurs constatent toutefois que cette fluidité est tributaire du service visé, et que par exemple, certaines plateformes type Youtube semblent fonctionner moins bien.

Les Smart TV démocratisent les services mais posent des problèmes importants en termes de fluidité et de lenteur, comparées à la box et au PC, surtout dans des configurations de débits moyens.

L’initialisation de la Smart TV à l’allumage force le spectateur à attendre avant même d’avoir à choisir son contenu. C’est une véritable barrière dans la mesure où il a été habitué sur sa télévision à un accès immédiat.

La faible mémoire vive des Smart TV entraîne une latence lors des visionnages de contenus vidéo délinéarisés. Le contenu est interrompu de façon intempestive (buffering).

A côté de services performants comme Allociné, cohabitent des applications interactives transposées trop rapidement, qui font vivre des expériences désagréables aux utilisateurs.

Toutefois la dynamique est telle que les constructeurs de Smart TV mettent sur le marché deux versions de téléviseur par an (avril/mai et septembre/octobre), et ont donc une capacité à faire évoluer leur matériel rapidement.

Outre l’amélioration de leurs capacités techniques, le développement des Smart TV passe par une montée en puissance des débits et par la fibre optique. Canal+ pour son service à la demande recommande une connexion à 1 Mo pour visionner dans des conditions satisfaisantes. Sans une connexion importante, le spectateur doit soit attendre que le programme ait eu le temps de se télécharger un minimum soit se trouver interrompu pendant le flux du programme.

Devant toutes ces possibilités, l’utilisateur final ne peut bien souvent que constater qu’en définitive tel ou tel équipement fonctionne dans l’absolu plus ou moins bien.

Comment situez-vous la bataille entre opérateurs et constructeurs ?

Les opérateurs ont fortement intérêt à défendre leur valeur ajoutée et à garder le monopole de l’interactivité. Sinon, ils courent le risque que soit consommée une grande quantité de bande passante à leurs frais sans que pouvoir tirer des revenus de cette consommation. C’est toute la question des services OTT (Over The Top), qui utilisent la connexion Internet mais passent par-dessus la box.

L’amélioration des réseaux rendue nécessaire par l’augmentation de la consommation de contenus présente un coût d’infrastructure difficile à assumer. Cela peut alimenter des rapports de force entre ces différents acteurs à l’insu du grand public. Services OTT et constructeurs sont en partie dépendants des opérateurs pour assurer une bonne qualité de service à l‘utilisateur final.

Faut-il faire payer les plateformes de contenus, favoriser les plateformes avec qui les opérateurs ont des accords ou demander au consommateur de participer au financement de la bande passante ? Free a été jusqu’à proposer une option payante afin de garantir un accès prioritaire aux programmes de toutes les chaînes entre 19 heures et 22 heures. La formule Soirée était vendue 0,99 euro et Mois 3,99 euros. Pour justifier ces options payantes, Free déclare qu’« il s’agit juste de précautions pour offrir un accès optimal au service ».

Au milieu d’un univers en évolution soutenue, la lisibilité des positions de chaque acteur et de leur responsabilité sera également un facteur clé dans l’acceptation de l’évolution que constitue la Smart TV. Certains consommateurs ont été jusqu’à débrancher le décodeur TV de leur box afin de libérer de la bande passante. Cela pourrait conduire des opérateurs à ne proposer que du réseau ou des fournisseurs de contenus à remonter vers une activité de FAI.

En filigrane se pose l’enjeu de la remise en question du modèle même des box : l’accès à Internet sera toujours requis, avec une explosion des besoins en débit pour absorber les pics d’affluence et supporter des contenus HD de plus en plus gourmands. La box, elle, pourrait être amenée à disparaître :

elle est rendue redondante par l’arrivée des offres constructeurs,

elle est coûteuse (un peu plus de 300 euros pour la Freebox Revolution à sa sortie) : or le développement de portails applicatifs est beaucoup moins onéreux, et l’économie du boîtier peut être un levier de compétitivité dans la bataille inter-FAI.

Pour l’utilisateur qui branche une Smart TV sur sa box, il y a potentiellement une multitude de chemins possibles pour accéder aux mêmes contenus.

Lors de sa navigation, l’utilisateur se retrouve face à rhizome de connexions : plus il entre dans les fenêtres, plus il a de possibilités nouvelles à explorer, d’embranchements nouveaux à visiter. Le spectateur, à chaque nouveau nœud qui se présente à lui, doit faire des choix.

En découle une vision myope, où l’on se déplace étape par étape en fonction des perceptions dans un lieu donné, selon les programmes et applications proposés, la carte d’ensemble étant inaccessible – et l’ensemble étant d’ailleurs si gigantesque qu’il n’est pas navigable en tant que tel.

Trois raisons expliquent cette complexité de navigation :

1/ La prolifération de contenus hétérogènes

La TV connectée est composée d’un rassemblement d’éléments très hétérogènes, d’une prolifération d’applications, de vidéos linéarisées ou non, de jeux, d’interactions… le tout réuni sur un seul écran suffisamment vaste pour éprouver la diversité des expériences que ces contenus proposent.

2/ La concurrence des clés d’entrée

Cette complexité est encore accrue par la concurrence que se livrent constructeurs, éditeurs et opérateurs télécom, qui multiplient les clés d’entrée (soit par un bouton spécifique, soit par la page du constructeur en sélectionnant une application, ou encore en passant par l’éditeur…).

3/ Un espace illimité, impossible à appréhender dans sa globalité, du fait de la connexion à Internet

Les chemins sont nombreux car l’écran TV connecté est convoité non seulement par opérateurs et constructeurs mais aussi par une myriade d’autres acteurs : les chaînes TV et de nouveaux acteurs très divers (Skype, Facebook, services de VOD, éditeurs de jeux, annonceurs, etc.) qui sont hébergés sur les box ou embarqués dans les Smart TV.

Le même territoire qu’est l’écran fait donc l’objet d’appropriations et d’encodages concurrents par ses différents acteurs : chacun impose ses manipulations propres, reflets de son identité.

Mais cette superposition d’encodages converge au final vers le même objet tv : l’écran est un réceptacle universel sur lequel se superposent des chemins différents pour arriver, au fond, au même contenu.

Comment voyez-vous la télécommande du futur ?

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Le paysage des télécommandes des box et des téléviseurs est très hétérogène avec aux deux extrémités :

- la télécommande de la première Google TV, qui nécessite une prise en main à deux mains et est véritablement remplie de boutons

- la télécommande de l’Apple TV qui est très légère et toute petite et qui comprend 5 touches

Les box tendent à emprunter la voie de la simplicité en limitant le nombre de boutons. Ainsi la télécommande de la Freebox Revolution a été simplifiée par rapport à la version précédente.

Les Smart TV tâtonnent quant à la voie à prendre et sont bien souvent tentées par l’innovation de rupture, congruente aux options démultipliées de navigation qu’elle offre. La dernière Smart Tv de Samsung propose deux télécommandes dont une avec un clavier au verso et cumule les différents modes d’interaction (reconnaissance vocale, gestuelle et faciale).

Les box comme les constructeurs de Smart TV proposent des solutions d’applications téléchargeables sur les Smartphones et les tablettes.

Que ce soit pour la TV classique, le PC ou le Smartphone, le geste corporel le plus naturel pour commander une surface visuelle reste celui du doigt ou de la main. Le toucher reste à la base de la commande, réclamant des qualités d’interface fondamentales :

- jusqu’à maintenant la télécommande de la TV était un objet « digital » au sens propre : pour contrôler le flux et manipuler les images, on devait appuyer sur des touches illustrées de symboles alphanumériques ;

- mais les surfaces tactiles, sensibles, ont développé de nouveaux usages qui continuent d’impliquer la main : défilement des pages, sélection des icônes… par le simple contact avec la surface.

La TV classique fonctionnait jusque-là avec une télécommande à boutons pression en nombre limité. Avec la TV connectée, les boutons se multiplient considérablement. En outre, les habitudes des consommateurs prises avec leurs Smartphones ou leurs tablettes tactiles, introduisent l’envie d’un rapport analogique et non plus digital avec l’instrument de commande de leur téléviseur.

Néanmoins, la posture impliquée par la télévision est de regarder au maximum l’écran et au minimum la télécommande. Lorsque le spectateur est bien familiarisé avec la télécommande de sa télévision, il l’utilise sans regarder les touches : ses doigts la lisent en braille grâce au relief des boutons. Ainsi :

- les télécommandes digitales trop sophistiquées, avec une trentaine de boutons, sont peu compatibles avec cette exigence de la posture TV

- les télécommandes tactiles (tablettes, Smartphones) ont un intérêt en tant que miroir de l’écran de télévision pour « feuilleter » les pages qui se présentent ; et elles prennent aussi tout leur sens lorsqu’elles servent de gamepad pour un jeu sur l’écran de TV.

- les manettes de consoles de jeu sont tout à fait efficaces pour la navigation web depuis la console connectée : les joueurs la maîtrisent avec une grande dextérité grâce à son maniement pendant de longues heures de jeu.

Au final, une télécommande de télévision connectée sera d’autant plus adaptée qu’elle proposera assez peu de boutons, discernables à l’aveugle (relief au toucher), avec différents degrés de pression possibles d’un même bouton pour démultiplier ses fonctions (pression plus ou moins profonde ou prolongée), relativement petite pour jouer un rôle de quasi-prothèse du corps et s’intégrer facilement dans toutes les mains.

La télécommande de l’Apple TV a poussé l’effort de simplification au maximum et exploite à fond le sens du toucher et les sensations de palpation : gabarit parfaitement adaptée aux proportions de la main, matière douce, touches très peu nombreuses avec un léger relief, sensibilité au degré de pression. Les utilisateurs d’Apple TV valorisent sa télécommande de par sa légèreté et sa simplicité, qui rappelle le maniement des iPod : ils apprécient en particulier le scroll vertical et horizontal, avec une vitesse de défilement qui dépend de la pression sur la commande.

Les télécommandes digitales des box comme celles des constructeurs suscitent une satisfaction mitigée. Elles conviennent pour les usages basiques mais montrent leurs limites dès qu’il faut faire des manœuvres complexes.

Quel est votre avis sur la question de la saisie de texte ?

L’usage de la TV connectée nécessite la saisie de texte, pour la création de compte, pour l’entrée d’identifiants, pour la recherche.

Les consommateurs essaient de s’habituer à taper sur des claviers virtuels à l’aide de leurs télécommandes. Cette opération est jugée souvent pénible et acceptable uniquement si les textes à taper sont courts.

Actuellement, les processus prennent une des formes suivantes:

- déplacement à l’aide des flèches directionnelles sur un clavier virtuel

- déplacement en mode pointeur sur un clavier virtuel

- approche SMS : autant de clic sur la télécommande vue comme un clavier abc – def – ghi

- saisie directe à l’aide d’un clavier sur la télécommande et mini touchpad pour atteindre les zones de texte

Certains terminaux facilitent le travail de l’utilisateur :

- en proposant des pistes de réponses dès la première lettre tapée (auto-complétion)

- en mémorisant des textes déjà tapés comme le Login : cela simplifie la répétition d’une commande

Par comparaison, la saisie de textes sur certaines Smart TV relève du parcours du combattant et peut s’avérer très décourageante.

Comment jugez-vous nouvelles solutions de navigation (tactiles, vocales, gestuelles, virtuelles) ?

Les consommateurs doivent pouvoir naviguer dans des menus avec multiples fenêtres, télécharger des éléments, renseigner des informations sur différentes interfaces. Pour faire ce type d’opérations, les constructeurs et les opérateurs ont développé différents systèmes :

- des télécommandes gestuelles telles que celles qu’on trouve sur la Kinect

- des claviers sans fils connectables par bluetooth ou wifi

- la possibilité de créer et synchroniser ses comptes utilisateurs depuis le PC

- des applications permettant de transformer son Smartphone ou sa tablette en télécommande tactile

- des télécommandes physiques plus ou moins sophistiquées et encombrantes

- des commandes vocales, comme c’est le cas de la Kinect

Une commande expressive partielle, limitée aux mouvements de la tête (oui, non), peut sembler intéressante mais les consommateurs se voient mal mimer et gesticuler pour commander leur écran. C’est d’autant plus vrai que cette exigence d’actions est peu compatible avec la posture de détente induite par le canapé. Ainsi la télécommande de la Kinect est jugée bien adaptée au jeu mais moins à la recherche active. Le casque Haier illustre néanmoins l’utilité d’un outil de navigation intuitif : il fonctionne sur le même principe que les casques de pilotes d’avions de combat et fonctionne à partir des décharges nerveuses du cerveau.

Les consommateurs sont très tentés par la possibilité d’utiliser leur TV connectée par commande vocale (qu’ils associent naturellement au Smartphone avec Siri sur l’iPhone 4S). La commande vocale est, qui plus est, congruente à la passivité du spectateur et indépendante de sa position, ce qui vient renforcer sa pertinence.

On constate une montée en puissance des claviers sans fil très pertinents pour des usages de navigation, mails et autres. Les consommateurs commencent à s’équiper en claviers wifi, qui sont d’un prix très abordable (à partir d’une vingtaine d’euros). C’est principalement une conséquence logique de l’usage de connexion du PC à l’écran de la télévision.

Enfin, en installant une application spécifique, les possesseurs d’une tablette ou d’un Smartphone peuvent l’utiliser comme télécommande de leur télévision ou de leur box. Ces objets ont l’avantage d’être très maniables, de s’inscrire dans un environnement d’utilisation familier (quasiment quotidien) pour le consommateur, et de saisir facilement du texte grâce au clavier tactile.

Va-t-on utiliser plutôt la tablette et le Smartphone comme télécommande ?

A l’usage, la tablette s’avère moins adaptée que le Smartphone pour piloter sa télévision :

- elle est peu pratique compte tenu de son gabarit : il faut la poser ou la tenir ; elle mobilise les deux mains ;

- elle oblige à regarder simultanément deux écrans (celui de la TV et celui de la tablette), avec un conflit de regards qui peut être désagréable ;

- passée la curiosité pour ce mode de commande, elle est surtout utilisée par défaut si la télécommande d’origine est égarée.

La tablette ou le Smartphone sont en revanche très intéressants pour les fonctions de mirroring (reproduction à l’identique de leur écran sur celui de la TV) et de gamepad pour les jeux (l’écran devient une manette tactile pour le jeu visible sur l’écran de TV).

La synchronisation des appareils en wifi pose cependant quelques problèmes : on assiste régulièrement à des déconnexions des télécommandes qu’il faut resynchroniser. La mise en réseau peut ouvrir un conflit de contrôle entre les appareils et plusieurs consommateurs se sont plaints du fait que la télécommande de leur Apple TV interférait avec les ordinateurs Mac de la maison.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site du CNC et téléchargez gratuitement l’étude publiée par le CNC et réalisée par QualiQuanti.

Propos recueillis par Laurent Amar

 

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